• Photographe : Daniel Le Marchand
  • Exposition : Enfants du Yémen
  • Site : Jardins du Tripot
    
    
  • C’est en mai 1997 que j’ai connu le Yémen. Ce fût le coup de foudre pour ce pays. J’y suis retourné deux fois, en 2000 et en 2005. On y trouve la montagne, le désert, la mer, des personnes accueillantes et une architecture remarquable.
  • Moi qui habituellement fuis les capitales, j’ai été subjugué par le vieux Sanaa. Une architecture unique qui ne peut que fasciner. Lorsque l’on se promène dans ses ruelles tortueuses et qu’on lève les yeux vers les façades, on y voit des œuvres d’art uniques. Un jeu de briques saillantes encadre les fenêtres et la peinture blanche dessine de la dentelle. Et le soir venu, les qamariyas s’illuminent pour nous plonger dans le pays des mille et une nuits. Dans la journée j’aime à déambuler dans son souk où se mêlent aux épices, les odeurs d’encens et de myrrhe.
  • Cependant, je ne suis pas venu en Arabie Heureuse que pour cela, mais pour y capturer des expressions, des portraits d’un autre monde, celui du Moyen-âge. Le Yémen fraîchement réunifié arborait fièrement son passé. Quelle sensation que de pouvoir remonter ce temps qui a tendance à fuir ! Oui, le Yémen c’était cela. Des personnes sur notre Terre maîtrisaient encore leur vie, ils résistaient. Prendre le temps de mâcher son qât ad libitum, un plaisir convoité !
  • Mais cela, c’était avant ! Depuis la guerre est là. Le vieux Sanaa n’est plus que ruines. Les enfants ne jouent plus, ce sont dorénavant de jeunes guerriers et les tout petits sont des corps décharnés qui ne verront sans doute pas la prochaine éclipse. La terre s’écroule sous leur frêle squelette, elle les engloutit. N’est-ce pas là leur délivrance ? La cruauté de notre Monde est sans limite.
  • Les photographies que vous voyez là, ont été prises lors de mes voyages avant cette sale guerre. Cette guerre qui fait pleuvoir des bombes saoudiennes sur des civils et pire encore organise un blocus depuis fin 2017 affamant le peuple. Selon un article du Figaro international s’appuyant sur un constat de l’ ONG « Save The Children », en 3 ans de conflit, 85000 enfants seraient morts de faim ou de maladie, sans compter tous ceux qui ont perdu la vie dans les combats ou les bombardements. Pour l’ONU, le Yémen subit la pire crise humanitaire de la planète. Le pays est menacé par une « famine de masse » qui risque de frapper 14 millions de personnes, selon des experts. En 2019, un enfant y meure toutes les 10 minutes, horrible.
  • Cette guerre doit cesser au plus vite. Ces enfants ne doivent plus souffrir de la faim, voire mourir de faim.
  • Je souhaite retourner au Yémen pour y voir enfin des visages d’enfants heureux, des enfants rire, jouer, courir, manger une friandise, jouer un instrument de fortune fait de bric et de broc, vivre en un mot.
  • D'autre part, que sont devenus tous ces enfants que j'ai photographié ?
  • L’Arabie Heureuse se doit de recouvrer, de se réapproprier son bonheur de vivre.
  • Des photos poignantes sur cette guerre sont visibles sur les sites de Véronique de Viguerie, Catalina Martin-Chico, Guillaume Binet entre autres.
  • Mes photos datent des années 2000, elles ont été réalisées en argentique puis scannées.

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